Tonneliers, meuniers et paysans

Les vignerons étaient tous tonneliers, mais il y avait des tonneliers de métier, tels François, Jacques et René Gaboriaud, Alexis Lévesque, François Marchand, Louis Papillon et Pierre Papineau, ce dernier de Marigny. Les barriques étaient en bois de chêne, provenant du bois de la Foye ou de la forêt de Chizé. Pour faire les cercles de cuves, les tonneliers abattaient de grands cerisiers sauvages, les courrants, dont ils fendaient le bois.

La tonnellerie resta une activité artisanale importante au village
jusqu'au dernier quart du XIXe siècle

La paroisse ne comptait aucun cours d’eau mais il y avait trois moulins à vent : non loin de l’ancien, situé au sud du village, se trouvait le « Barreau », construit au début du siècle, et le « Bodin » au nord, ces deux derniers nommés après les familles de meuniers qui les avaient longtemps occupé. D’ailleurs, la famille Barreau était encore là. Lors des années d’abondance, quand les conditions étaient bonnes, chaque moulin était capable de moudre 750 kg de farine par jour. [1]

Au village, les femmes s’arrangeaient ensemble pour faire le meilleur usage du four banal. Elles préparaient plusieurs fournées de pain à l’avance, ce qui permettait une économie en bois. Celles-ci portaient la coiffe ou le bonnet de chanvre, de facture beaucoup plus modeste que les belles coiffes brodées qui feraient leur apparition à la fin de l’Empire. Elles s’occupaient par ailleurs à la couture et au ménage. Certaines étaient sages-femmes, d’autres se faisaient nourrices et accueillaient, moyennant paiement, des enfants abandonnés de l’hospice de Niort [2].

Avec de la paille et des ronces, les hommes fabriquaient également des bourgnes, récipients dans lesquels ils conservaient pois, haricots et prunes mêlées, et des grenotes [3], qui servaient à faire lever la pâte. L'alimentation était souvent insuffisante. Les paysans consommaient peu de viande ou parfois du lard. Surtout du pain (de seigle ou d’avoine, souvent de mauvaise qualité), de la soupe, des laitages et du beurre [4]. Le soir, les gens s’éclairaient avec des chandelles de résine ou de suif, ou se servaient du charail, petite lampe à huile ressemblant aux antiques lampes romaines [5]. Celles-ci ne donnaient qu’une faible lumière.

Cour de ferme au XVIIIe siècle [détail], Nicolas-Bernard Lépicié, ca 1754.
Cette toile nous montre une scène quotidienne assez proche de celles
que l'on aurait pu peindre à la Foye, notamment avec le puits, mais
à l'exception des toits, moins hauts et faits de chaume ou de tuiles romaines.
[Illustration : L'Histoire par l'Image]

Les maisons étaient bâties en pierres de taille pour les plus riches, en moellons et torchis pour les autres. Elles étaient couvertes de chaume, fait de paille de blé ou de seigle, et n'avaient qu'une seule chambre basse, sans plancher, avec de petites fenêtres sans vitres. Les paysans les plus aisés disposaient d'un mobilier simple mais convenable, d'une vaisselle suffisante et de beaucoup de linge, de lits bien garnis, d'armoires, d’ustensiles de ménage, d'écuelles de bois et de terre, de la faïence et des verres. Les pauvres, au contraire, pouvaient à peine satisfaire les besoins les plus rudimentaires. Ils ne disposaient guère que d’un ou deux coffres, d’une table, d’une huche, d’un banc et d’un lit mal garni. [6]

Escalier à vis de la demeure des notables Pierre Pastureau et Renée Guerrier,
située au centre du village. Maison datée de 1646 (inscription sur la pierre de fondation).

En 1752, l'inventaire des biens de Louis Bernard nous donne une idée des possessions mobilières d'un journalier sous l'ancien régime : « un bois de lit, une couverture, cinq linceuls, deux nappes, un coffre, un marche-pied, une écuelle, une assiette, quatre cuillères, un gobelet, le tout de gros étain. Un petit poêlon à queue, une cuillère de pot de cuivre, un petit chaudron, un trois-pieds de fer, une mauvaise serpe tailleresse. »  Trente ans plus tard, les possessions des paysans de la Foye ne devaient pas être très différentes. [7]

Cela n'empêchaient pas certains d'entre eux de devenir octogénaires, comme Marie François, 85 ans (1705-1790), Toussaint Nourrigeon, 84 ans (1695-1779), Marie Arnault, dite Bernuchon, 84 ans (1695-1779),  Jean Guitteau, 83 ans (1697-1780), Jean Pinet, 82 ans (1677-1760), Marie Allain, 82 ans (1712-1795), et peut être même centenaires, comme d'autres le prétendirent. [8]



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Notes
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[1] Pour en savoir plus concernant les moulins et les meuniers de la Foye à cette époque, lire Les meuniers de la Foye et l’ordonnance de 1790.   [<-]

[2] Les sages-femmes, à cette époque, étaient encore relativement inexpérimentées, et l'on note le décès en couche, ou peu après la naissance de leur enfant, de Marie Rimbault en 1792, puis de Françoise Agathe Hérissé en 1802. Quant aux nourrices, on ne relève plus de décès parmi ceux des enfants qui leur étaient confiés à la veille de la Révolution, par comparaison aux années 1740-1760 où les registres en rapportent cinq.
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[3] « Bourgne » et « grenote » : mots du patois poitevin. Bourgne vient de cabourne, creux. C'est une corbeille faite de paille et de ronces fendues, ayant forme de vase, proche du bourgnon, panier d'osier utilisé pour la pêche. La grenote est une corbeille où l'on met du grain. » (cf. Dictionnaire éthymologique du patois poitevin).   [<-]

[4] Henri Sée : La France Économique et Sociale au XVIIIe siècle, 1925.   [<-]

[5] On se servait encore de ces lampes à la fin du XIXe siècle, comme en témoigne Maxime Arnaud. Le « charail » que mentionne Maxime est une lampe à main que l'on retrouve dans le dictionnaire de patois poitevin sous le nom de chareuil.   [<-]

[6] D'après Henri Sée : La France Économique et Sociale au XVIIIe siècle, 1925. L'utilisation du chaume pour la toiture persista jusqu'au XIXe siècle, avec « l'abandon de l'usage de la faucille au profit de la faux, et les arrêtés municipaux qui en proscrivirent l'usage à la fin du XIXe siècle, incités par les compagnies d'assurance du fait du risque de propagation des incendies. »  [source : wikipedia, Toit de chaume   [<-]

[7] Cf. à l'article Les possessions foncières et domestiques des paysans au XVIIIe siècle. Il pouvait toutefois se trouver des écarts importants selon l'aisance relative des foyers. L'article suivant décrit les possessions plus importantes d'une famille de Bois d'Arcy, dans les Yvelines, sous le règne de Louis XVI : Vie quotidienne sous Louis XVI chez le laboureur.    
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[8] En 1797, François Bastard de Crisnay, officier municipal, rédigeait l'acte de décès de Pierre Gauthier, journalier que l'on disait âgé de 98 ans, ce dernier témoin au décès du curé Bory, en février de la même année. Mais nous ne disposons pas de l'acte de baptême qui permettrait de vérifier cette assertion. Avant le XIXe siècle, les gens ignoraient souvent leur date de naissance. Ils estimaient leur âge avec une marge d'erreur plus ou moins grande à mesure qu'ils vieillissaient, tout en ayant tendance à l'exagérer. À la Foye, on relève ainsi le décès de Renée Beaumont en 1692, âgée selon le curé Élie Favier de 108 ans ; celui d'Eutrope Misbert en 1677, âgé selon Favier de 100 ans ; celui d'Antoine Rechin en 1683, âgé de 96 ans, etc...    [<-]